mardi 27 septembre 2016

Le pardon, ce grand incompris


Pour le mot de la fin, j'entendis le journaliste demander à la victime: "Pensez-vous que vous pourrez pardonner à votre agresseur un jour?". Et la victime de répondre (invariablement dans ce genre de situation): "Non, jamais. Je pense que ça ne se pardonne pas et qu'il ne faut pas pardonner, sinon, ce serait se trahir soi-même". Boum! Et voilà, c'est dit, ce que le journaliste voulait entendre, ce que la société pense devoir faire pour son propre bien. Et moi, de pousser un profond soupir. Comment faire savoir, sans blesser, que c'est vraiment faire fausse route...pour soi-même! Avant que vous ne soyez en colère contre moi, vous disant que je ne sais pas de quoi je parle, je tiens à dire que j'ai une compassion énorme envers les victimes, envers ceux qui vivent des injustices, des violences et des outrages qu'on aurait même pas imaginé tellement c'est affreux.
Mais j'ai une autre "conversation" à vous faire lire, que nous avons tellement entendu ou vécu dans notre enfance: "Mamaaaan! Julie m'a donné une claque, Bouhou! (c'est pour faire plus vrai)". Et maman de répondre: "Julie! Viens ici tout de suite! Et excuses-toi à ton frère". Après quelques échanges, Julie, qui n'est pas une enfant méchante, revient penaude: "J'm'excuse Thomas." Et Thomas: "c'est correct". Maman d'ajouter: "Booon. Allez! Un beau câlin pour vous réconcilier". "Ça me tente pas" répond Thomas. Et c'est là que maman, sans faire exprès, inculque une mauvaise compréhension du pardon: "Voyons Thomas. Si tu pardonnes à ta sœur, tu dois lui faire un câlin!"
Alors, oui, je suis fasciné de voir à quel point on ne saisit pas ce qu'est le pardon. Je ne suis pas une spécialiste, ni une psy, mais j'aimerais juste vous faire comprendre ce qu'est le pardon, et aussi, ce qu'il n'est pas.
Si il est relativement facile d'envisager pardonner une petite vacherie, une petite trahison, un oubli, bref, les petites (et moins petites) offenses que l'on subit inévitablement dans le parcours de notre vie, il est plus difficile penser pardonner un crime grave et violent. Donc, le petit câlin demandé entre 2 enfants peut sembler bien intentionné, mais là, il s'agit de réconciliations.
Pardonner, c'est décider de renoncer à cultiver la rancœur envers la personne qui nous a offensé. Mais parfois, la décision et l'émotion positive se sont pas en phase, particulièrement dans le cas d'offenses graves.
Le pardon n'est pas la réconciliation: il faut que les deux protagonistes le veuillent pour qu'il y ait réconciliation. Mais on peut pardonner celui qui n'est pas repentant.
Est-ce que j'aurai confiance? Ça aussi c'est autre chose. On peut, par exemple, pardonner un manipulateur, mais il va recommencer, et je n'aurai plus confiance. Peu importe, je n'entretiens pas d'animosité envers lui.
C'est ainsi qu'en réalisant que le pardon n'est pas la réconciliation, ni la confiance, ni même l'amitié, on peut amorcer un processus de pardon. Car oui, il peut s'agir d'un processus. La pensée magique qui veut que l'on pardonne et que, tout de suite les sentiments positifs remplacent les négatifs, est un leurre.
D'ailleurs, plus j'avance dans la vie, plus je réalise que les "bons sentiments" ont été devancés par des actions.
Pardonner, c'est donc relâcher l'offenseur de notre désir de vengeance, et se libérer nous-même d'un fardeau.
Voilà, mon petit essai sur le pardon, celui que j'estime si mal compris.